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Après Le Juif rouge , premier roman particulièrement remarqué lors de la rentrée littéraire 2024, Stéphane Giusti revient avec un deuxième texte puissant sur un angle mort de la fin de l'Algérie française : le 26 mars 1962 et la fusillade de la rue d'Isly.
Alger, 1962. Aux premières lueurs du jour, ce mardi 26 mars s'annonçait aussi doux qu'un air de printemps. Un funeste présage aurait pourtant dû alerter le lieutenant de gendarmerie Lucien Perez : tandis qu'il nageait comme chaque matin dans la baie de Saint-Eugène, il s'est heurté au corps d'un noyé, une homme jeune à l'identité incertaine. Dans son appartement de Bab El Oued, Liliane Ortega guette avec angoisse le retour de son mari Daniel qui, projectionniste au cinéma Le Versailles, n'a pas pu rentrer quand le quartier a été entièrement bloqué par l'armée et mis sous couvre-feu. Dès l'aube, Lucienne et Henri Carbonel font l'inventaire de leur magasin, À La Pantoufle de vair, au 38 de la rue Michelet. En quittant leur domicile, ils ont trouvé dans leur boîte aux lettres un tract de l'OAS invitant les habitants d'Alger à se retrouver massivement dans Alger pour forcer le blocus. Leurs filles, Marie-France et Odette Carbonel, se sont levées tôt pour se préparer : elles veulent se joindre au cortège avec leur drapeau tricolore pour chanter "La Marseillaise" à tue-tête – Odette pense déjà à la robe courte et blanche qui la propulsera à la une de Paris Match . Le sous-lieutenant Daoud Ouchène et le 4e régiment de tirailleurs sont en place : leur unité composée d'Indigènes et d'Européens doit tenir le barrage devant la Grande Poste. Membre des commandos OAS en cavale, Paul Keller rumine sa colère et se tient prêt à l'action. Tous ont rendez-vous rue d'Isly. Le drame peut commencer.